
Manoel dos Santos « Garrincha » soulevant le trophée Jules Rimet au milieu d’une foule de supporters.
L’allégresse qui suit l’obtention d’une Coupe du Monde laisse rapidement place à l’inquiétude. Celle de devoir défendre ce titre quatre ans plus tard, sous peine de grandes déconvenues nationales. Peu de pays peuvent se targuer d’avoir su conserver ce trophée deux fois de suite. L’apogée d’une sélection reste souvent difficile à digérer malgré la joie procurée. Un enseignement que la Roja, fraîchement éliminée, a tenu à rappeler en ce Mondial brésilien.
Les exceptions italienne et brésilienne
L’Italie et le Brésil sont les seules nations à avoir réalisé la prouesse de remporter deux titres de champion du monde consécutivement.
En 1934, au terme d’un tournoi âpre, c’est à domicile que la « botte » soulève son premier trophée mondial dans l’ancien Stadio Nazionale del PNF – pour Parti National Fasciste – de Rome. Une période noire mise en exergue lors du quart de finale opposant la Nazionale à l’Espagne franquiste. Ce jour-là, la violence induite par ces deux régimes autoritaires s’invite sur le pré. Résultat, alors que le match doit être rejoué, les deux équipes n’ayant pas réussi à se départager au bout des prolongations et les tirs au but n’étant pas encore instaurés, il est difficile pour chacune d’entre elles d’aligner des joueurs compétitifs. C’est finalement l’Italie qui l’emporte par la plus petite des marges. Et après s’est défait de la fabuleuse Wunderteam autrichienne, considérée comme l’une des plus fortes du moment avec à sa tête son fameux maestro Matthias Sindelar, la Squadra Azzura se débarrasse en finale de la valeureuse équipe de Tchécoslovaquie, qui était pourtant venue à bout de l’Allemagne nazie.
- Matthias Sindelar : surnommé le « Mozart du football » pour sa grâce balle au pied et son apparence chétive.
- La fameuse Wunderteam autrichienne qui étincela jusqu’à l’Anschluss de 1938 scellant définitivement le sort de cette brillante génération. Matthias Sindelar est debout, troisième en partant de la gauche.
L’Italie mussolinienne arrive en France à l’été 1938 avec pour seule obsession de conserver ce titre, en vue d’étaler un peu plus sa suprématie sur le sport mondial. Et la Squadra Azzura ne manque pas son coup. Elle écrase tout sur son passage, y compris le pays-hôte, en quart de finale, grâce à un Giuseppe Meazza – plus grand joueur italien d’avant-guerre – au sommet de son art. Ce Mondial n’échappe guère à la sinistrose ambiante des années 30 et la violence sur le terrain est une nouvelle fois récurrente, notamment lors du quarts de finale qui opposa le Brésil à la Tchécoslovaquie. Pas moins de trois cartons rouges sont sortis par l’arbitre français Georges Capdeville et cinq joueurs sont contraints de sortir sur blessure.
- Giuseppe Meazza, véritable idole de l’autre côté des Alpes comme en témoigne cette couverture de magazine datant de 1933.
- Scène de liesse au Stadio Nazionale del PNF, au moment du sacre de l’Italie fasciste en finale de la Coupe du Monde 1934.
- Giuseppe Meazza, un modèle d’élégance à l’italienne.
Le second exemple nous amène à une période plus sereine de l’Histoire. Il s’agit du Brésil, lors de sa première grande épopée de 1958. La Seleção dévoile au monde entier son nouveau joyaux, Edson Arantes do Nascimento dit « Pelé », 17 ans seulement. C’est ce dernier qui porte le coup de grâce à une équipe de France enchanteresse, en inscrivant un triplé lors de la mémorable demi-finale de Solna.
Quatre ans plus tard, c’est une équipe brésilienne quasiment inchangée qui réitère cette performance, avec moins de brio certes. L’absence de Pelé dès le troisième match n’y est peut-être pas étrangère, même si la paire Garrincha – Vavá, avec quatre buts chacun, l’a plutôt bien suppléé.
Un schéma somme toute logique
Un titre de champion du monde est rarement du au hasard. Il va souvent de paire avec une génération de footballeurs particulièrement glorieuse.
En 2002 par exemple, la France débarque en Corée du Sud en qualité d’équipe à abattre. Et malgré une poule tout à fait abordable, composée du Sénégal, de l’Uruguay et du Danemark, ce n’est qu’avec un seul point marqué et aucun but inscrit que l’équipe de Roger Lemerre quitte le Mondial asiatique dès la fin du 1er tour. Une humiliation !

Le onze français qui débuta face au Sénégal lors de la 1ère journée de la phase de poules de la Coupe du Monde 2002.
Certes, cette équipe a du faire face à d’importantes absences. Celle de Robert Pirès d’une part, la faute à une rupture des ligaments croisés survenue quelques mois avant l’événement. Il était alors devenu un pion essentiel des Bleus après avoir su « muscler son jeu ». Mais c’est surtout la blessure musculaire de Zinédine Zidane, contractée lors du dernier match de préparation face au futur pays-hôte, qui s’est montrée particulièrement préjudiciable pour l’équipe de France. Son apparition sur une seule jambe lors de la dernière rencontre contre les vikings danois n’y a rien fait.
Pourtant, avec Barthez, Lizarazu, Desailly, Thuram, Vieira, Petit, Trézéguet ou Henry, cette équipe avait conservé la même ossature qu’en 1998. Le tout, agrémenté de jeunes affamés ou de cadres qui n’avaient pu goûter aux joies du sacre mondial tels que Djibril Cissé, Claude Makélélé ou Sylvain Wiltord. La France semblait taillée pour rééditer l’exploit.
Mais l’effectif ne fait pas tout. C’est également ce qu’a pu nous démontrer l’équipe du Brésil en 1966. Les Auriverdes viennent en Angleterre en tant que double-couronné mondial. Le onze brésilien s’apparente de plus à un savoureux mélange entre les champions de 1958/1962 avec Gilmar, Bellini, Orlando, Zito, Djalma Santos ou encore Garrincha et quelques éléments qui participeront à la génial campagne de 1970 tels que Tostão, Gerson et Jairzinho. Et pour lier ces deux générations, qui d’autre que le roi Pelé, joueur le plus titré en Coupe du Monde.

Hampden Park, 1966 : Le Brésil s’apprête à affronter l’Ecosse lors d’un match de préparation pour la Coupe du Monde. Sur la rangée du haut, Zito, Bellini, Gilmar et Orlando, représentent la génération de 1958. En bas, on retrouve Jairzinho, Gerson et Pelé qui ramèneront la Seleção au sommet quatre ans plus tard.
C’est oublier qu’à la fin des années 60, le football européen devient davantage professionnel, plus concurrentiel. La technique ne suffit plus. Il convient de durer physiquement. Un paramètre que n’avait pas pris en compte la Seleção, qui se retrouve balayée du Mondial britannique dès le 1er tour par la Hongrie et le redoutable Portugal d’Eusébio. Un épisode qui servira de leçon aux brésiliens qui débarqueront affutés comme jamais au Mexique quatre ans plus tard, pour reconquérir le trophée suprême du football international.
Si la qualité d’un effectif reste prépondérante, l’envie et l’adaptabilité apparaissent comme deux éléments indispensables pour conserver un titre.
L’Espagne 2014, nouvelle illustration de cette réalité
Un paradigme que l’Espagne n’a pas réussi à mettre en place sur les terrains brésiliens cet été. Etrillée par les Pays-Bas 5 buts à 1, éliminés par le Chili 2 buts à 0, la Roja n’a pu que sauver l’honneur en battant l’Australie 3 à 0. L’effet Coupe du Monde a encore frappé.
- Les deux artificiers néerlandais Arjen Robben et Robin van Persie ont été les principaux acteurs de la cuisante défaite infligée à la Roja.
- C’est d’une tête plongeante particulièrement inspirée que l’attaquant de Manchester United a crucifié une première fois Iker Casillas, ici sous le regard de Sergio Ramos et d’Arjen Robben.
Beaucoup ont avancé la fatigue générale des joueurs espagnols, dont une grande partie évoluant au Real Madrid, au FC Barcelone ou à l’Atlético Madrid, ont vécu une campagne européenne longue et aventureuse en plus d’un championnat particulièrement disputé. Or, si l’on se penche sur les chiffres, on remarque que dans l’équipe-type de Vincent Del Bosque, seuls Sergio Ramos, Andrés Iniesta et Diego Costa ont joué plus de 50 matchs officiels cette saison. Karim Benzema et Philip Lahm, plutôt en verve de leur côté depuis le début du tournoi, présentent des statistiques similaires.
Il convient davantage de pointer les errements du sélectionneur Vincente Del Bosque, jusque-là irréprochable. Si l’on peut déjà discuter la non-sélection d’un joker de luxe tel que Jesús Navas, on peut carrément se révolter face à son obstination de titulariser un Diego Costa hors de forme et pas encore suffisamment intégré au sein de la Roja, alors que David Villa, qui s’est toujours montré incroyablement performant en sélection comme l’atteste son incroyable ratio de 59 buts en 97 sélections, ronge son frein sur le banc.
- Pour son dernier match sous le maillot espagnol, David Villa n’a pas manqué de rappeler le redoutable attaquant qu’il a été en ouvrant le score d’une géniale Madjer.
- C’est un Guaje inconsolable qu’Iker Casillas et Gerard Piqué ont tenté de réconforter.
Ce dernier, qui a d’ailleurs vécu une fin de carrière internationale tragique. Lors du dernier match sans enjeu contre l’Australie, El Guaje est aligné à la pointe de l’attaque espagnole. Il ouvre la marque dès la 36ème minute d’une somptueuse Majder. On l’imagine alors ponctuer sa dernière sortie sous les couleurs ibériques d’un festival de buts. Mais Del Bosque fait fi du caractère symbolique de ce match pour le natif de Tuilla et décide de le sortir à l’heure de jeu au profit de Juan Mata. Face aux larmes de David Villa, le sélectionneur argua après coup ne pas avoir été mis au courant de la situation de son attaquant, exposant là un manque de communication qui en dit long sur l’essoufflement de l’équipe du pays de Cervantes.
Enfin, on peut aussi tout simplement reconnaître que ce Mondial 2014 s’apparente au crépuscule d’une génération dorée qui aura dominé le football comme rarement on avait pu l’observer, en accrochant deux Coupes d’Europe des nations et une Coupe du Monde en l’espace de quatre ans seulement. Alors adieu et merci Xavi Hernández, Iker Casillas, Xabi Alonso, David Villa et Gerard Piqué ; ah non, malgré sa lenteur effrayante, ce dernier n’a que 27 ans…









Pas mal la conclusion !! Je ne savais pas que Villa était en fin de carrière. En tout cas le dernier match montre bien les erreurs de Del Bosque dans le choix des titulaires…
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