Affable et passionné, Jean-Pierre Beltoise fut l’illustration même de la grâce du sport automobile des années 60-70. Mais avant d’exceller sur quatre roues, c’est à motocyclette qu’il démontra son agilité et ses prédispositions à la conduite. Une preuve irréfutable de sa grande polyvalence.
De deux à quatre roues : un parcours remarquable en catégorie sport

C’est à bord de cette Matra MS650 que Jean-Pierre Beltoise a décroché son meilleur résultat, en compagnie de Piers Courage lors des 24 Heures du Mans 1969.
Après avoir brillé dans l’Hexagone pendant trois ans à moto, Jean-Pierre Beltoise se lance dans le sport automobile avec René-Bonnet, en Sport-Prototypes. Une aventure tout près de tourner court lors des 12 Heures de Reims de 1964 où il est victime d’une sévère sortie de piste. Verdict : une dizaine de fractures en plus d’une période de coma de deux jours. Malgré tout, Beltoise est miraculé et sa carrière n’est pas remise en cause, même si une gêne au coude persistera toute sa vie. Ce qui ne l’empêcha pas de réaliser de brillantes performances par la suite.
Avec 14 participations aux 24 Heures du Mans, on peut dire que Jean-Pierre Beltoise est un fidèle de la course mancelle et ce, malgré une vive réticence vis-à-vis des épreuves se déroulant la nuit. Un drôle de paradoxe que nous pourrons toutefois expliquer en dernière partie.
Sur les routes sarthoises, c’est en 1969 qu’il obtient son meilleur résultat. Cette année-là, en duo avec le britannique Piers Courage, il emmène sa Matra MS650 jusqu’au pied du podium. Une très belle performance hélas occultée par le dénouement génial de la course. La Ford GT40 Mk.1 de Ickx-Oliver et la Porsche 908 Coupé de Hermann-Larousse, au terme d’un chassé-croisé dantesque, bouclent en effet l’épreuve avec seulement 120 mètres d’écart.
Jean-Pierre Beltoise restera jusqu’en 1979, un habitué des podiums du Championnat du monde des voitures de sport puis de supertourisme.

Jean-Pierre Beltoise, Henri Pescarolo, Jean-Luc Lagardère et Jean-Pierre Jarier entourent le dernier moteur V12 Matra.
Figure du renouveau français en Formule 1
Une polyvalence qu’il a réussi à exporter jusqu’en Formule 1. Il est vrai qu’à l’époque, il apparaissait plus aisé de passer d’une discipline à une autre ; les clauses contractuelles étaient moins restrictives et la spécialisation moins prégnante.
Son nom reste irrémédiablement lié au constructeur français Matra qui a grandi en même temps que la virtuosité du natif de Boulogne-Billancourt s’est révélée au grand jour. Il franchit progressivement les étapes en Formule 3 puis en Formule 2 avant de faire ses premiers pas en Formule 1 en disputant trois courses entre 1966 et 1967.
En 1968, Matra entre véritablement dans l’arène et la MS10 se révèle extrêmement performante. Alors que Jackie Stewart, plus aguerri aux joutes de la Formule 1, termine deuxième du championnat derrière Graham Hill, Jean-Pierre Beltoise se place au neuvième rang général, entre John Surtees et Chris Amon, devançant même des pontes du paddock tels que Jochen Rindt ou Dan Gurney. Une performance plus qu’encourageante pour un jeune loup ; de 31 ans certes.
L’année suivante est encore meilleure pour le constructeur français puisque l’écossais s’octroie sa première couronne mondiale et Beltoise pointe à une jolie cinquième place. Matra s’offre du même coup le titre constructeur.
Mais le début des seventies est plus compliqué. Stewart a rejoint l’équipe de Ken Tyrrell et le somptueux V12 Matra peine à se montrer à la hauteur du performant V8 Cosworth. Malgré la belle complicité liant Jean-Pierre Beltoise et son coéquipier et ami Henri Pescarolo, les Matra gisent dans le ventre mou du classement. Si bien qu’en 1972, JPB change d’air et débarque chez BRM (British Racing Motors). C’est avec l’écurie britannique que le français va réaliser son plus beau fait d’armes.
- Jean-Pierre Beltoise en plein réglages à bord de sa BRM P160, en 1972.
- Monaco, 1972 : Jean-Pierre Beltoise remporte son premier grand prix en Formule 1.
- Jean-Pierre Beltoise remet les gaz à la sortie du fameux virage du Grand Hôtel Hairpin, à Monte-Carlo.
Mai 1972, La principauté de Monaco accueille comme chaque année le Grand Prix le plus attendu de la saison. Mais, comme la saison passée, le temps n’est pas de la partie. Une pluie diluvienne s’abat sur le Rocher. Tout le monde pense alors à l’unisson que c’est Jacky Ickx, inatteignable sur piste détrempée, qui va tirer son épingle du jeu.
Ce que confirme l’âpre séance de qualification qui voit le pilote belge se placer sur la première ligne de la grille en compagnie du brésilien Emerson Fittipaldi – futur champion du monde. L’histoire s’avère cependant bien différente en course. Beltoise réalise un grand prix parfait, ponctué du record du tour du Grand Prix et s’octroie la victoire finale. Bien que ce fut la seule de sa belle carrière dans la discipline reine, elle eut lieu sur le circuit le plus exigeant, le plus mythique. Cela forge le respect.
Il achève son aventure en F1 deux ans plus tard, toujours chez BRM s’offrant même un dernier podium à Kyalami en 1974.
- Jean-Pierre Beltoise et son entourage : Jacqueline sa femme et soeur de François Cevert. Au centre, Henri Pescarolo, son fidèle ami.
- Jean-Pierre Beltoise a fait quelques apparitions dans divers albums Michel Vaillant. © Graton Editeur : Dupuis
- Jean-Pierre Beltoise entouré de ses deux fils, Anthony et Julien, également pilotes.
Au même titre que son beau-frère, le regretté François Cevert, Jean-Pierre Beltoise a contribué à réintroduire la Formule 1 dans le coeur des français(es), en attente de nouveaux champions depuis les triomphes de Maurice Trintignant et de Jean Behra dans les années 50.
S’en est suvit l’avènement d’une nouvelle génération – celle des Depailler, Jarier, Laffite, Tambay, Pironi, Jabouille et Arnoux – omniprésente en F1 à la fin de la décennie 70.
Une après-carrière dédiée à la sécurité routière
Une fois le volant raccroché, Jean-Pierre Beltoise est resté actif dans le milieu automobile. On a ainsi pu le voir mettre en avant de manière posée et intelligente les questions de sécurité, tant en course que dans la vie quotidienne, dans différents médias spécialisés.
Il faut dire que plusieurs drames ont marqué sa vie. Sa carrière auto à peine débutée, il s’est vu endeuillé par la disparition de sa première femme dans un accident de la route. Puis, outre son grave accident à Reims où la mort l’a approché de près, il s’est également retrouvé au centre d’une autre tragédie. Lors des 1000 km de Buenos Aires de 1971, alors qu’il pousse sa Matra 660 tombée en panne jusqu’au stand – pratique non-prohibée à l’époque – la Ferrari 312 PB d’Ignazio Giunti percute violemment le bolide français. Miraculeusement, Jean-Pierre Beltoise est indemne. Mais le transalpin ne réchappera pas de sa Ferrari embrasée.
Une série d’événements terribles qui éclaircissement sur son attachement de tous les instants à la sécurité automobile.
Annexe : un reportage d’octobre 1966 dédié à Jean-Pierre Beltoise, qui fait alors ses débuts en F1. Un document très intéressant qui permet d’approcher l’ambiance chaleureuse et accessible qui régnait dans les paddocks à l’époque.








