Malgré les passions que déchaîne cet inextricable débat, le nom de Pelé revient régulièrement lorsqu’il s’agit de désigner le meilleur joueur de l’histoire du football. Un statut qui ne semble pas usurpé tant le brésilien a marqué les esprits des amateurs de ballon rond, sur trois décennies.
Edson Arantes do Nascimento naît près de Rio de Janeiro en 1940. Issu de la classe moyenne, il suit régulièrement son père, footballeur amateur à São Paulo, où la famille s’est installée deux ans après la naissance du garçon. A quinze ans, il quitte le cocon familial pour la ville portuaire de Santos, situé à 80 kilomètres au sud de la géante brésilienne. Le Santos FC a en effet remarqué le potentiel du gamin, qui ne tarde pas à se faire une place au sein de l’effectif professionnel. La légende est en marche.
Un footballeur intrinsèquement hors normes

Pelé a passé la majeure partie de sa carrière au Santos FC, contribuant grassement au prestige du club.
L’extrême précocité de Pelé est sans aucun doute la facette la plus incroyable de son parcours. Professionnel à 15 ans, il devient international un an plus tard, trustant par la même une place de titulaire dans la foulée. C’est ainsi qu’il se trouve être une pièce maîtresse de la Seleção de Vicente Feola, qui s’envole pour la Suède afin de disputer la sixième Coupe du Monde, en 1958. Au milieu d’une pléiade de stars – Gilmar, Nilton & Djalma Santos, Didi, Vavá et Garrincha en tête –, le juvénile Pelé brille en mondovision en inscrivant six buts durant la compétition. Un total plus qu’honorable pour un si jeune novice, qui sera toutefois éclipsé par les 13 unités de Just Fontaine. Le brésilien a pu se consoler en devenant le plus jeune champion du monde de l’histoire à seulement 17 ans. Le premier record d’une longue liste.
Ses statistiques donnent également une idée de l’envergure du joueur. La FIFA estime que toutes compétitions confondues – merci les matchs amicaux – il marqua 1281 buts en 1363 matchs. Des données ahurissantes qui s’expliquent d’une part par sa précocité qui lui a permis de jouir d’une longue carrière, mais aussi par le rythme effréné qu’il s’infligea. On dit qu’il lui arriva de jouer plus de 100 matchs dans une même saison. Une telle endurance signale forcément des dispositions physiques largement au-dessus de la moyenne à une époque où, si l’intensité d’un match n’était pas comparable avec celle d’aujourd’hui, les attaquants devaient malgré tout composer avec des défenseurs plus que rugueux ; l’arbitrage faisant preuve d’une fermeté toute relative. Pelé en fit notamment les frais face au bulgare Dobromir Zhechev et au portugais João Morais, lors de la Coupe du Monde 1966.

Pelé a terminé sa carrière au Cosmos de New York. Il y forma une paire de choc avec l’étoile laziale Giorgio Chinaglia.
Mais le physique ne fait pas tout. Sa palette technique attestait également de tout son talent. A la pointe de l’attaque, Pelé pouvait marquer dans n’importe quelle position ou se sortir de toutes les situations comme l’illustre son mémorable but en finale du Mondial 1958 contre la Suède. Il était par ailleurs tout autant à son aise pour distribuer le jeu, si bien qu’il lui arriva d’occuper le poste de meneur de jeu. Enfin, son explosivité et sa détente hors pair lui permettait de bénéficier d’un jeu de tête redoutable.
Face à un tel panégyrique, on ne peut que regretter que Pelé n’ait pu exporter sa virtuosité sur les terrains du « Vieux Continent ». Le Brésil s’est en effet employé à court-circuiter chaque proposition d’écuries européennes qui souhaitaient s’attacher les services de son « trésor national ». Au plus grand bonheur du Santos FC qui a ainsi pu profiter allègrement de sa pépite. Ce n’est qu’en 1975 que Pelé délaisse sa tunique immaculée contre le maillot du Cosmos de New York, nouvel eldorado footballistique du moment.
Le Roi Pelé : une image savamment orchestrée et fructifiée
Il est impensable au vu de ce qui a été dit précédemment que le palmarès de Pelé soit le fruit du hasard. Il est ainsi le seul joueur à avoir été sacré trois fois champion du monde avec le Brésil, sans oublier les Copa Roca glanées en 1957 et 1963. Dans le même temps, il prenait part à la plus glorieuse épopée du Santos FC. Pis, lorsqu’il est diminué, comme ce fut le cas lors de la Coupe du Monde 1966, la Seleção se perd. Eliminée dès le premier tour cette année-là, le double champion en titre, certainement trop sûr de sa force, connaît une nouvelle humiliation internationale après la défaite de 1950.
Pour autant, il serait abusif de dire que partout où il est passé, Pelé tenait son équipe à bout de bras. En effet, les Seleção de 1958 et 1970 font indubitablement parties des deux plus belles sélections que le pays ait connues. De même, il fut entouré du côté de Santos de joueurs de la trempe de Gilmar, Zito, Clodoaldo ou encore José Macia dit « Pepe ».
- Sous le maillot auriverde, Manoel Garrincha et Pelé ont formé un duo magistral pendant près de dix ans. © DR
- Pelé porté en triomphe par Jairzinho lors de la Coupe du Monde 1970. Les deux joueurs ont inscrit onze buts à eux seuls durant la compétition.

Pelé en couverture de Life Magazine dans les années 60 ; preuve de l’impact international du joueur.
Le but de ces propos n’est pas de mésestimer le joueur que Pelé fut. Comme vu antérieurement, les chiffres et le palmarès suffisent à comprendre à quelle sommité nous avons à faire. Il s’agit plutôt de montrer comment l’attaquant brésilien est parvenu à personnifier le football moderne d’après-guerre en édifiant une sorte de soft power qui lui permettrait d’offrir une résonance éternelle à son patronyme. En ce sens, on peut relever qu’il fut un précurseur du phénomène très actuel de « footballeurs-sandwich ». Parmi ses innombrables engagements commerciaux, on peut retenir Atari, Pfizer – pour le Viagra -, Rolex et plus récemment Louis Vuitton. Il fut également présent sur la scène humanitaire et politique en devenant ambassadeur pour l’ONU et ministre des sports du Brésil entre 1995 et 1998. Proche de Sepp Blatter – n’y voyez pas de liens avec ses statistiques -, il s’est vu décerner en 2004, le privilège de pouvoir sélectionner les 125 meilleurs joueurs de l’histoire dans le cadre du centenaire de la FIFA, qui l’a par ailleurs désigné footballeur du XXème siècle.
Enfin, il est amusant d’observer la glorification de certains faits et gestes du « Roi ». On pense notamment à cette fameuse action où il mystifie magistralement le portier uruguayen Ladislao Mazurkiewicz lors de la demi-finale du Mondial 1970. Si l’inspiration est géniale, on tend à oublier que derrière, l’attaquant brésilien manque la cage, vide. Le suédois Jesper Blomqvist, lui, ne se loupera pas 25 ans plus tard.

Gordon Banks fut sans conteste l’un des meilleurs gardiens anglais. Malgré la perte de l’usage d’un oeil à 34 ans, il poursuivit sa carrière outre-Atlantique avec succès, étant même sacré meilleur portier du championnat américain à 40 ans.
Mais plus probante encore est l’histoire de « l’arrêt du siècle ». Nous sommes toujours en 1970, la phase de poules est entamée et les ouailles de Mário Zagallo affrontent l’Angleterre. Le match se clôt sur une victoire 1 à 0 de la Seleção grâce à l’intraitable Jairzinho. Mais le fait marquant du match est tout autre puisqu’il s’agit de cette parade mémorable du portier britannique Gordon Banks, sur une tête insidieuse de Pelé. Convaincu d’avoir marquer sur le moment, le brésilien ne pourra s’empêcher de s’enorgueillir après le match, en affirmant « j’ai marqué un but mais Banks l’a arrêté. » Peu de joueurs peuvent se targuer d’avoir transformé des actions manquées en véritables mythes footballistiques.
Aujourd’hui, Pelé se distingue surtout par ses déclarations acerbes au sujet de la jeune génération. Cristiano Ronaldo, Lionel Messi, Neymar, tous sont passés sous le feu des critiques de l’inquisiteur Pelé. Le poids des années ? La peur de voir son nom relégué aux confins des cahiers d’histoire ? La crainte de voir poindre le prodige qui fera mieux ? N’est-ce finalement pas là, une tare consubstantielle aux plus grands.
- Diego Maradona aime faire parler de lui et tacle tout ce qui bouge. Joueurs, entraîneurs, institutions, tout y passe.
- Franz Beckenbauer fait partie des meubles au Bayern Munich. A ce titre, il ne se prive jamais de piquer les acteurs de l’équipe. Ce ne sont pas Mario Götze, Arturo Vidal ou Pep Guardiola qui diront le contraire.
- Johann Cruyff a emmené l’Ajax au sommet en tant que joueur, il fit de même avec le Barça en qualité qu’entraîneur. Et à l’image du « Kaiser » avec le Bayern, l’ombre du « hollandais volant » plane toujours du côté de Barcelone.
- Pelé au côté de George Best : Le sulfureux ailier nord-irlandais, qui fit les beaux jours de Manchester United, n’a pas toujours été tendre avec les numéro 7 qui lui ont succédé. Si Eric Cantona avait ses faveurs, il ne voyait en David Beckham qu’un « unijambiste ». Qu’aurait-il dit d’Antonio Valencia s’il n’avait pas trépassé en 2005… © AP Photo/George Brich, File)







