
Alors que se tient en ce moment-même à Bâle, le salon horloger Baselworld, F&G a choisi, par léger esprit de contradiction, de mettre à l’honneur un acteur du secteur que l’on ne retrouve pas cette année dans les travées de l’événement. Il s’agit de Montblanc.
Malgré ce que peut laisser entendre son appellation, l’entreprise est née il y a 110 ans à Hambourg, sous le nom de « Simplo Filler Pen Company ». Un choix censé traduire la simplicité de leur produit phare, le stylo plume.
De l’écriture aux garde-temps, une mue réussie
Il faut attendre 1909 pour que les fondateurs, le banquier Alfred Nehemias et l’ingénieur August Eberstein, accompagnés de l’homme d’affaire Claus Johannes Voss, utilisent le nom de « Montblanc » comme marque commerciale. Il s’agit là d’un hommage au plus haut sommet des Alpes, comme l’atteste l’étoile blanche ornant la pointe du capuchon des stylos, rappelant la cime du fameux massif. En 1934, l’entreprise change même de nom et devient « Montblanc Simplo GmbH ».
A partir des années 20, les stylos Montblanc et notamment le Meisterstück deviennent des instruments incontournables pour parapher un traité historique ou de juteux contrats voire des écrits qui resteront dans les annales littéraires. Pour singulariser encore davantage le bel objet, est ajoutée sur sa plume l’inscription 4810. Les amateurs de géographie auront ici fait le lien immédiat avec l’altitude du majestueux Mont Blanc.
- Le Montblanc Meisterstück 149 a vu le jour en 1952 et reste l’inamovible figure de proue de la maison.
- 4810 : les géographes en herbe auront compris le subtil clin d’oeil fait au sommet alpin.
- Le chancelier allemand Konrad Adenauer et le président américain John F. Kennedy ont partagé un Meisterstück lors de leur rencontre à Cologne en 1963. Un moment qui a façonné la légende du stylo.
Malgré cette spécialisation, la société cherche rapidement à varier sa production et décide de se lancer dans la petite maroquinerie au milieu des années 30. Après être entrée dans le giron de Dunhill dans les années 80 pour résister au tumulte de cette période, la firme est intégrée à l’empire Richemont en 1993. Une étape qui va accélérer sa diversification. Apparaissent alors bijoux pour hommes – boutons de manchettes notamment – puis, naturellement, l’horlogerie. Quatre ans plus tard, Montblanc Montres S.A. est créée. L’entité s’installe à Locle, en plein cœur du berceau horloger suisse.
- Montblanc chronographe Nicolas Rieussec, en hommage à l’inventeur du chronographe à encre, au début du XIXème siècle.
- Montblanc Villeret Metamorphosis, première édition. Une allure incroyable pour un garde-temps d’anthologie.
- Montblanc Villeret ExoTourbillon à rattrapante. Exclusivité et complexité, Montblanc a bien sa place parmi les grands noms de la haute horlogerie.
On sait combien il est difficile de devenir légitime dans le secteur exigeant de la haute horlogerie. L’obstacle est d’autant plus difficile à surmonter pour des acteurs qui ont fondé leur activité sur une spécialité autre. Mais à l’image d’Hermès ou de Louis Vuitton aujourd’hui, Montblanc a en tout juste vingt ans, brillamment remporté son pari. En ce sens, l’intégration du savoir-faire de la réputée manufacture suisse Minerva à travers l’institut éponyme en 2007 a été un premier pas décisif. Un an plus tard, la firme centenaire dévoilait son premier calibre issu de ses propres ateliers, qui allait animer le fameux chronographe Nicolas Rieussec, également décliné en pendule. Le génie manufacturier de la marque a ensuite été confirmé avec les exceptionnelles Metamorphosis et ExoTourbillon à rattrapante, dans la collection Villeret.
- La Timewalker est le pendant horloger du Starwalker, symbole de la nouvelle génération de stylos de la maison allemande.
- A l’occasion de son centenaire, Montblanc a manifesté son savoir-faire joaillier avec le ‘Diamond’, qui reprend la forme étoilée à six branches de son logo.
Montblanc et culture, un ménage gagnant
Le fabricant allemand a, dès ses premières années, cerné l’impact que pouvait avoir une bonne communication. On voit alors surgir dans les Années folles une floraison de publicités vantant les mérites des robustes stylos hambourgeois.
En marge de cette démarche purement publicitaire, Montblanc s’est également beaucoup investi dans le domaine de la culture. À l’instar de Cartier, société sœur au sein du groupe Richemont, la maison à l’étoile blanche s’est dotée de sa propre fondation en 1992 en vue de soutenir les artistes contemporains par le biais du Montblanc Cutting Edge Art Collection.
Dans cette dynamique philanthropique, elle s’est par ailleurs associée à de multiples reprises à différentes opérations de l’UNICEF, sollicitant pour ce faire, diverses personnalités telles que Mikhaïl S. Gorbatchev ou Luciano Pavarotti. On peut enfin mentionner son soutien de la première heure à la Philarmonie des Nations, créée et menée par le chef d’orchestre allemand Justus Frantz, en 1995.
- A propos de son stylo Montblanc, Virginia Woolf estimait que « avec lui, je sens chaque mot au bout de ma plume ». Un compliment qui vaut bien à l’écrivain anglaise une édition spéciale…
- … La pasionaria n’est toutefois pas la seule à avoir bénéficié d’un hommage de la sorte. Tolstoï, Kafka, Faulkner, Balzac, Brahms, Strauss, Bergman, Dietrich, Warhol, Picasso, Einstein ou encore Gandhi ont également fait l’objet d’éditions limitées.
- Montblanc a associé son nom aux fameux gadgets de James Bond en fournissant un salvateur stylo doré à l’agent secret dans ‘Octopussy’ (1983).
- Publicité pour les stylos Montblanc datant de 1925.
Si Montblanc se voit obligée de faire appel aujourd’hui à des ambassadeurs actuels – on pense aux acteurs Hugh Jackman ou Pierre Niney, mais aussi à l’actrice taïwanaise Kwai Lun-Mei ou le champion de badminton chinois Lin Dan, pour asseoir l’image de la marque sur le continent asiatique – force est de constater que cette dernière préfère user de grands noms de l’Histoire, comme pour offrir une épaisseur plus grande encore à son passé déjà fort riche.












