Rado, entre avant-gardisme et ancrage durable dans le paysage horloger

L'ancre mobile de Rado

Acteur plutôt méconnu, Rado n’a pourtant eu de cesse de consolider doucement mais sûrement, sa place sur l’exigeante planète horlogère. Du haut de ses soixante ans, le créateur suisse a rapidement offert une vision de l’horlogerie avant-gardiste, en développant concomitamment deux axes : un design toujours plus épuré couplé à un travail poussé des matériaux.

Les débuts de l’aventure Rado remonte à cent ans maintenant, lorsque l’entreprise familiale Schlup & Co se spécialisait dans la fabrication de mouvements horlogers. Il faut attendre quatre décennies pour que l’entreprise sorte de l’ombre de ses ateliers pour proposer une montre complète, d’abord sous la marque Exacto en 1956, puis sous la dénomination Rado un an plus tard.

Cette première née, c’est la Green Horse, qui se distingue avant tout grâce à sa fameuse ancre mobile qui pivote sur le cadran au gré de la gravité. Une création dans le ton de son époque, qui ne laisse alors pas nécessairement présager de la nature de celles qui suivront.

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De l’atelier situé dans la maison familial aux locaux modernes de Longeau, Rado a connu un développement progressif tout au long du XXème siècle

La pureté esthétique en ligne de mire ; l’immarcescibilité comme quête absolue

Au cours de la décennie soixante, Rado s’attache d’abord à relever le défi qui deviendra au fil du temps son leitmotiv : faire fi des stigmates assenées par le temps. Pour ce faire, l’horloger suisse recourt de manière innovante au métal dur et au verre saphir pour concevoir sa Diastar 1, en 1962. Cette dernière restera en ce sens un pilier de l’histoire de la marque.

Au niveau stylistique, la direction prise paraît moins claire. La maison de Longeau, attachée au petit format, se hasarde ainsi à greffer un calendrier perpétuel à sa Planning, pour un rendu au mieux original, en fin de compte plutôt disgracieux. Il est cependant intéressant de constater que suite à cette tentative, la marque s’éloignera définitivement de la course à la complication pour se lancer à corps perdu dans celle du minimalisme. La dominance du verre saphir sur la DIA67 Glissière, la forme courbée sensée épouser parfaitement le poignet de l’Anatom ou encore l’usage de la céramique haute technologie – qui va faire la renommée de la maison – pour l’Integral à partir de la fin des années 80, contribuent à épurer encore un peu plus l’allure des montres Rado. Ce dernier matériau qui satisfait dans le même temps la soif de robustesse de la marque.

 

Loin de s’arrêter là cependant, celle-ci va développer au début des années 90 une montre en carbure de titane – la Sintra -, qui brillera autant par sa légèreté que par sa solidité. Le garde-temps ne doit pas être un poids pour son propriétaire. Et là où la plupart des grandes maisons horlogères jouent avec les complications, c’est avec les matières et les variantes qu’elles peuvent offrir, que l’entreprise de Longeau entend fonder sa singularité. Une démarche poussée à son paroxysme en 2002 avec la V10K, un objet hors normes en diamant haute technologie, qui repousse toujours davantage les limites de la résistance au détriment de l’esthétique. Ici, l’objet horloger n’est plus. La montre se confondrait même avec quelques-uns de ses accablants homologues connectés si deux insipides aiguilles ne tentaient pas de nous convaincre du contraire.

Fort heureusement, en 2009, la R5.5 vient ramener un peu d’équilibre dans le processus créatif de Rado en proposant un harmonieux boitier rectangulaire en céramique aux angles doucement arrondis, qui peut être complété d’un chronographe, d’une petite seconde à six heures et d’une date à guichet à trois heures, offrant une belle tenue horlogère au modèle. Derrière ce projet abouti, un grand nom du design contemporain, le britannique Jasper Morrison.

Dès lors, Rado joue davantage la carte de la sobriété, en revenant notamment aux fondamentaux avec la D-Star, un clin d’œil sans ambages fait à la fameuse Diastar 1. L’horloger n’en a pour autant pas fini avec l’innovation comme l’illustrent la True Thinline, montre céramique à la finesse inégalée avec ses 5 mm d’épaisseur et l’Hyperchrome, chronographe d’apparence assez classique qui a la particularité d’être sculptée dans un unique bloc de céramique, là où une base d’acier inoxydable prévalait jusqu’alors. Dernièrement, ce modèle, devenu le fer de lance de la marque, a été décliné dans une intéressante céramique brune qui dénote des couleurs que peuvent offrir des matières plus répandues telle que l’or, qu’il soit rose, jaune ou gris.

 

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La Diamaster Grande Seconde est la dernière élaboration de la marque. Sa petite seconde, sa date à guichet – toutes les deux à neuf heures – et sa fidélité à la couronne, la rendent très désirable

Une communication singulière, entre égéries orientales et le tennis comme lubie

Le design occupe une place à part entière dans la philosophie de Rado. Ce que n’oublie pas d’appuyer la communication de la marque. Celle-ci, forte d’une trentaine de prix glanée tout au long de son histoire dans ce domaine, a inauguré voilà quelques années, sa propre récompense – Le Rado Star Prize –, en vue de récompenser les jeunes talents du secteur. Un investissement qui place une nouvelle fois Rado en marge de ses confrères helvétiques Tag Heuer, Rolex, Omega ou Oris, davantage centrés sur les aspects mécaniques et sportifs de leurs créations.

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Rado a choisi de façonner son image minimaliste sur plusieurs décennies, avec parfois quelques excès certes, mais toujours une farouche volonté de proposer un produit bien fabriqué capable de se distinguer de ses concurrents

Le sport, qui n’est toutefois pas complètement étranger à l’univers de Rado. C’est en effet dans le tennis que la maison installée dans le canton de Berne s’est offert une place, damant le pion sur certains tournois, aux acteurs chronométriques de longue date ; Longines, Rolex, Seiko en tête. Non content de contribuer au bon déroulement de quelques compétitions, Rado a, ici aussi, entendu accompagner quelques jeunes pousses de ce sport dans leur progression. Citons l’américain Jared Donaldson, l’allemande Carina Witthoeft, le russe Karen Khachanov, le sud-coréen Hyeon Chung ou encore la chinoise Saisai Zheng. Une sélection qui illustre d’ailleurs l’ouverture de la marque du côté des pays orientaux, comme le confirme ses principales égéries internationales, les stars bollywoodiennes Lisa Ray et Hrithik Roshan ou les actrices russe et chinoise Yulia Peresild et Tang Wei, ainsi que la joueuse – de tennis toujours – Agniescka Radwanska, 6ème au classement WTA. Des figures issues de contrées où le marché horloger symbolise encore un certain eldorado pour les acteurs du secteur.

Rado Star Prize

Une publicité qui atteste de l’engagement de Rado dans l’univers du design, tout en étant tourné du côté des marchés asiatiques

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