28 juin 1998 – Sereinement qualifiée en huitième de finale, les choses sérieuses commencent désormais pour l’équipe de France. L’adversaire du jour n’a pourtant rien d’effrayant sur le papier, puisqu’il s’agit du Paraguay, sélection sud-américaine qui survit dans l’ombre de ses brillants voisins continentaux que sont le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay ou encore la Colombie.
Depuis le début de la compétition, l’Albirroja déploie des qualités typiques de cette contrée de la planète ; un alliage de ténacité et de rudesse, suffisant pour enquiquiner les meilleures équipes. Un constat qui prend rapidement forme lors de cette rencontre, qui voit les Français buter à maintes reprises sur la solide défense paraguayenne orchestrée de main de maître par le charismatique gardien, José Luis Chilavert. La tension est à son comble au stade Félix Bollaert de Lens, lorsque l’issue indécise se prolonge au-delà des 90 minutes réglementaires. Les deux équipes doivent dès lors se départager au gré de la cruelle règle du « but en or » : la première qui marque l’emporte. Un cadre désormais aboli qui eut toutefois le mérite de tourner en faveur des Bleus cette fois-ci.
« La lumière est venue de Laurent Blanc » ; au travers de cette saillie fabuleuse, dont il avait le secret, Thierry Gilardi illustrait parfaitement le sentiment de délivrance procuré par cette 115ème minute. En l’absence de Zinédine Zidane, suspendu, Aimé Jacquet s’est appuyé tout au long de la partie sur ses forces offensives restantes pour tenter de briser le cadenas paraguayen. C’était finalement oublier qu’un peu plus bas dans la composition trônait un défenseur singulier, archétype d’un football révolue : Laurent Blanc. Longiligne, peu rapide mais adroit techniquement, il s’est rendu célèbre pour ses montées rageuses qu’il concluait régulièrement par un but. Un libéro à l’ancienne, qui aimait allé voir ce qu’il se passait plus haut sur le pré, dans la droite lignée des Franz Beckenbauer, Daniele Passarella ou encore Siniša Mihajlović.
Une inclinaison offensive salvatrice , qui prouve aux joueurs français qu’ils sont en mesure de débloquer la situation la plus inextricable qui soit. Une donnée tout sauf anodine dans le bon déroulé de la suite de la compétition…
- C’est devenu l’une des traditions de ce Mondial : le ‘Président’ venant embrasser le crâne du ‘Divin Chauve’ au début et à la fin de chaque match. Un rituel qu’ils exporteront à Manchester United entre 2001 et 2003
- Preuve de son implication offensive, Laurent Blanc peut se targuer d’avoir conclu six des vingt saisons qui ont rythmé sa dense carrière, à plus de dix buts. Une nouvelle fois aux avant-postes dans les dernières minutes de cette partie étouffante, le libéro profite d’une remise parfaite de David Trézéguet, sur un centre de Robert Pirès, pour venir crucifier le truculent José Luis Chilavert

Image marquante que celle du capitaine de cette accrocheuse sélection paraguayenne venir vivement réconforter chacun de ses coéquipiers défaits sur la pelouse lensoise. Chilavert, auteur d’un match impeccable, tentera d’exporter deux ans plus tard son style spectaculaire et son talent sur coups de pied arrêtés par chez nous, en posant ses valises au RC Strasbourg.

