Fifties et Seventies sont deux périodes assez antagonistes en matière horlogère. Elles se confrontent ce samedi chez FauveParis au travers de quelques lots attrayants.
Les quelques garde-temps des années 50 présentés se caractérisent tout d’abord par un classicisme stylistique assumé.
Les chronographes ne dénotent ainsi pas de leurs devanciers des années 1940, en arborant des diamètres contenus. Ce qu’attestent les exemplaires suisses Aerowatch (Lot 62) et Telda (Lot 63), qui atteignent respectivement 37 et 38 mm de diamètre. Une sobriété appuyée par des poussoirs longilignes, presque écrasés, à deux et quatre heures.
Les modèles dit « de ville » misent encore davantage sur cette discrétion. Les boitiers ne dépassent pas les 35 mm et les lunettes s’y montrent le plus épurées possible. Les cadrans adoptent ce même dénuement en se privant parfois de chiffres au niveau des index. Toutefois, « petit seconde » du côté de Jaeger LeCoultre (Lot 36) et Longines (Lot 59), et guichet dateur pour Omega (Lot 39), demeurent des complications toujours appréciées pour leur élégance.
La fonction réveil se développe également jusqu’aux montres-bracelets durant cette période encline à la mobilité. Nous retrouvons ici deux des plus fameux étendards de cette spécificité : la Memovox de Jaeger LeCoultre (Lot 55) et la Cricket de Vulcain (Lot 56).
La première est, avec la Reverso, un modèle incontournable de la maison de la Vallée de Joux, décliné en autant de variantes au fil des décennies. La seconde est quant à elle le produit phare de cet autre horloger suisse un peu plus méconnu qu’est Vulcain. La Cricket s’est notamment offerte une symbolique forte en devenant à partir du mandat d’Harry S. Truman, la montre officielle du président des États-Unis.
Par opposition, les années 70 se sont voulues remuantes dans bien des domaines et l’horlogerie n’y a pas coupé.
Les montres mécaniques (automatiques ou à remontage manuel) perdent de leur superbe ; c’est pourtant bien l’une d’entre elles qui a accompagné les premières virées de l’Homme hors de l’atmosphère terrestre quelques années plus tôt. Leur utilisation est devenue archaïque face à la praticité des mouvements électromécaniques qui annoncent le déferlement des montres à quartz qui chambouleront considérablement et durablement le paysage horloger jusqu’à la fin du XXème siècle. Un procédé technique largement promu par un acteur prépondérant de l’horlogerie hexagonale : Lip. Les Nautic-Ski (Lot 46) et Classic Electronic (Lot 49) de l’entreprise doubiste en sont les pleines illustrations.
Esthétiquement, les attentes des clients évoluent de la même manière et l’excentricité des seventies s’invite jusqu’aux poignets. L’allure massive et métallisée des montres sportives séduit particulièrement ; poussoirs proéminents et couleurs audacieuses s’y imposent. Les Tissot PR516 (Lot 53), Zenith AutoSport Luxe 28800 (Lot 54) et Cauny Vintage Chronographe (Lot 60) proposées s’inscrivent dans cette mouvance.
De même, la parfaite rondeur d’antan n’est plus de mise. Les boitiers en forme de coussins ont désormais la cote. Ils dégagent force et résistance. L’horloger français Yema – à l’instar de son confrère Lip – a participé au façonnage d’un nouveau paysage visuel pour l’observateur horloger. Ce que témoigne d’abord la Digital à « heures sautantes » (Lot 44), qui reprend là une complication très en vogue durant l’ère Art Déco, sur un cadran rendu plus contemporain par une originale teinte « œil de tigre ». La Rallye Chronographe (Lot 42) n’est pas en reste avec son cadran « panda » inversé et ses compteurs trapézoïdaux placés à neuf et trois heures.
Mais il n’est pas question de recréer ici ce qui pourrait s’apparenter à une Querelle des Anciens et des Modernes à la sauce horlogère puisque ces deux visions horlogères peuvent finalement tout à fait s’apprécier conjointement.