1915, une année pour le cinéma

Extrait de "Charlot fait la noce" (1915)

En ce début de nouvelle année 2015, F&G a décidé de revenir un siècle en arrière. L’occasion de traiter d’un sujet marquant ou bien d’aborder un domaine qui a connu à ce moment-là des évolutions notables. Vous l’aurez compris, cette rubrique connaîtra une fréquence annuelle.

1915, la Première Guerre Mondiale s’enlise, les différents fronts se figent. Malgré le caractère global inédit de cette « guerre européenne dans le monde », la planète ne s’est point arrêtée de tourner. Particulièrement outre-Atlantique où le cinéma a commencé à s’introduire dans la vie culturelle, au début de la décennie. Le premier studio hollywoodien, Nestor Studios, a en effet vu le jour en 1911.

Quatre ans plus tard, alors que Charlie Chaplin accédait à la reconnaissance mondiale, quelques-uns des futurs monstres sacrés du cinéma que sont Orson Welles, Ingrid Bergman ou Frank Sinatra, poussaient leur premier cri.

Chaplin, première vedette internationale du cinéma

Charlie Chaplin et la danseuse russe Anna Pavlova en 1922

Charlie Chaplin et la danseuse russe Anna Pavlova en 1922. On peut noter les superbes Balmoral chaussées par l’acteur.

Le phénomène « Charlot » explosa en 1915 avec Le Vagabond, Charlot garçon de banque ou encore Charlot fait la Noce, dans lequel il interprétait un ivrogne malmené successivement par un dandy et un vigile. C’est à ce moment-là que les maisons de production se l’arrachèrent et qu’il forgea sa renommée qui fit de lui l’acteur le mieux payé de son temps. Son personnage de « Charlot » devint d’autant plus incontournable par la suite avec Les Temps modernes (1936) et Le Dictateur (1940).

Mais cette période faste de l’acteur s’enraya à partir de ce dernier film. La dimension politique que Charlie Chaplin insufflait dans chacune de ses réalisations commençait à déranger. Dans Monsieur Verdoux (1947), premier film dans lequel il abandonnait son costume de « Charlot », il poursuivit sa critique effrénée du capitalisme. Au point qu’il devint la cible d’une terrible chasse aux sorcières, au début des années 50. Une méthode que les Etats-Unis, englués dans un maccarthysme ambiant à l’aube de la « Guerre Froide », réservaient à ceux qui pensaient subversivement.

Bentley S3 Saloon de 1964 ayant appartenu à Charlie Chaplin jusqu'à la fin de sa vie.

En voiture, Charlie Chaplin appréciait le confort. Il a par exemple possédé cette Bentley S3 Saloon de 1964, mais aussi une Pierce Arrow de 1929.

Il fut dès lors contraint à l’exil et trouva refuge sur les bords du Lac Léman en 1953. En guise d’accueil, la manufacture Jaeger-LeCoultre lui offrit une magnifique Memovox connue pour être la première montre automatique dotée d’une fonction alarme.

Il fallut attendre 1972 pour voir le natif de Londres refouler la terre qui le rendit célèbre. Cette année-là, l’AMPAS (Academy of Motion Picture Arts & Sciences) lui décerna un Oscar d’honneur. Un moment fort pour Chaplin, qui fut ponctué de la plus longue ovation jamais rendue lors de l’événement. Il disparut cinq ans plus tard, dans la quiétude de sa demeure suisse, le fameux Manoir de Ban qui deviendra en 2016, un musée dédié à l’acteur.

1915, année de naissance d’une pléiade de figures cinématographiques

Orson Welles, grand amateur de cigares

Orson Welles, un grand amateur de cigares.

Un exil auquel fut également obligée une autre sommité du cinéma, en la personne d’Orson Welles. Ce talent précoce, dont la polyvalence le transforma en un démiurge extraordinaire, révolutionna le cinéma avec Citizen Kane en 1941. Une dizaine d’années plus tard, en affirmant dans Les Cahiers du cinéma que « Citizen Kane résume tous les films existants et préfigure tous les autres », François Truffaut mettait en exergue l’ampleur du phénomène.

Mais en s’inspirant de la vie du magnat de la presse, William R. Hearst et en critiquant plus globalement le mode de vie d’une certaine oligarchie américaine, Orson Welles s’est attiré les foudres des sphères dirigeantes de son pays. Si bien que son film, pourtant salué par la critique, s’est avéré être un fiasco économique. Las de cet environnement pesant et peu propice à la création, il prit la direction de l’Europe où il continua de produire une oeuvre polymorphe et dense jusqu’à sa disparition en 1985.

Autre personnalité née en 1915, la suédoise Ingrid Bergman. Celle-ci s’est faite remarquer à la fin des années 30 dans Intermezzo (1939), qui lui ouvrit les portes d’Hollywood. Elle enchaîna rapidement les films à succès en donnant la réplique aux meilleurs : Humphrey Bogart dans Casablanca (1942), Gary Cooper dans Qui sonne le glas (1943), Cary Grant dans Les Enchaînés (1946) ou encore le franco-américain Charles Boyer dans Hantise (1944). Cette dernière réalisation lui permit d’obtenir son premier Oscar de meilleure actrice. Une performance qu’elle réitéra douze ans plus tard dans Anastasia, film qui tenta de retracer l’existance d’Anna Anderson, qui prétendit toute sa vie être la dernière fille du tsar Nicolas II.

Malgré ce parcours remarquable, elle dut également faire face à une vague de critiques lorsqu’elle s’enamoura du réalisateur Roberto Rossellini pendant le tournage de Stromboli (1950). Elle était alors toujours mariée avec son premier époux, Petter Lindström, avec qui elle avait une fille. Une situation qui fit un tollé dans une Amérique très puritaine, incitant l’actrice à retraverser l’Atlantique pour profiter de sa nouvelle idylle.

Pour manifester son amour, le réalisateur italien ne lésina pas sur les moyens. En 1954, il fit notamment construire une version inédite de la somptueuse Ferrari 375 MM. Carrossée spécialement par Pininfarina, le résultat est époustouflant et vint asséner un camouflet à la Mercedes 300 SL, reine incontestée à cette époque. La teinte grise si particulière de l’auto entra même dans le catalogue des peintures proposées par la marque au « cheval cabré » sous le nom de « Grigio Ingrid ».

Vient enfin Frank Sinatra. Bien que plus connu pour son immense carrière de crooner, comme le rappelle son éternel surnom : « The Voice », il fut également un acteur reconnue en décrochant notamment un Oscar pour son second rôle dans Tant qu’il y aura des hommes en 1953.

Frank Sinatra

Noceur invétéré, le leadeur des Rat Pack était réputé pour organiser de fastueuses fêtes dans sa villa de Palm Springs ou dans son immense appartement de l’Upper East Side. S’y mêlaient acteurs – Humphrey Bogart, Lauren Bacall, Judy Garland, Grace Kelly ou encore Ava Gardner, avec qui il vécut trois ans – politiques – il était notamment proche de John F. Kennedy – mais aussi mafieux ; Frank Sinatra était amicalement lié à Sam Ciancana. Un incroyable mélange des genres qui révèle le caractère atypique du gaillard.

Ce fervent supporter du Genoa avait également un faible pour les autos. Outre les classiques américaines Ford Thunderbird, Stutz Blackhawk, Studebaker Avanti, très prisées dans le milieu du cinéma à l’époque, il n’était pas non plus insensible au charme des européennes. Jaguar Type-E, Facel Vega HK 500 et Lamborghini Miura ont par exemple peuplé ses garages.

Laisser un commentaire