
La concurrence au sein du club des supercars est impitoyable . Plus de dix ans après la sortie de sa superlative 16.4 Veyron, voilà que Bugatti dévoile sa suppléante à l’occasion du Salon de Genève. Chiron est son appellation, pour perpétuer la mémoire d’un grand nom de l’histoire du sport automobile, intimement lié au mythique constructeur français : Louis Chiron.
Figure élégante de la compétition d’avant-guerre
Indissociable de son fameux foulard rouge à pois blanc – au couleur de sa chère principauté monégasque ou du logo Bugatti ? – Louis Chiron fut amené au pilotage automobile au gré de ses rencontres. Initié au maniement du volant dès le plus jeune âge par le chauffeur d’une aristocrate russe qui le prit sous son aile, lui le jeune orphelin de mère, il devient lui-même chauffeur personnel des maréchaux Foch et Pétain à la fin de la Première Guerre Mondiale.
De retour à la vie civile, il monte une concession à Nice, ce qui lui permet de rencontrer Ernst Friedrich, ancien pilote devenu distributeur Bugatti dans la même ville. Il se retrouve dès lors rapidement à faire transiter des autos pour le compte de ce dernier entre la Côte d’Azur et l’usine de Molsheim, ce qui lui permet de se rapprocher d’Ettore Bugatti.
C’est donc naturellement que son parcours de pilote débute avec la firme alsacienne. Proche d’Alice Hoffmann, il bénéficie d’abord du soutien financier du groupe pharmaceutique du mari de cette dernière, le chimiste suisse Albert Hoffmann, connu pour avoir découvert les effets hallucinogènes du LSD. Puis, il est rapidement appelé à rejoindre l’équipe officielle d’Ettore Bugatti. Il continue de faire ses armes lors de diverses courses de côte avant de gagner ses galons de chef de fil de l’écurie en 1928, se retrouvant au volant des différentes déclinaisons de la fameuse Type 35, puis Type 45 et Type 51 en 1930 et 1931.
- Un exemplaire de Bugatti Type 51 datant de 1931.
- Une Type 51 carrossée par Dubos à l’occasion de l’édition 1937 de la course Paris – Nice.
- Carte postale représentant Louis Chiron et sa Bugatti Type 51 (n° 22) au duel avec la Maserati Tipo 26 M (n° 52) de Luigi Fagioli. Le monégasque bouclera finalement les cent tours avec près de quatre minutes d’avance sur son poursuivant. © Benjamin Freudenthal
Entre temps, il contribue à l’organisation du premier Grand Prix de Monaco instigué par Antony Noghès, fils d’Alexandre Noghès, président de l’Automobile Club de Monaco, avec le soutien du Prince Louis II. Étrangement, il manque cette première édition. En fait, en cette fin avril 1929, il prépare outre-Atlantique les 500 Miles d’Indianapolis en compagnie des Hoffmann qui lui ont confié une Delage.
En 1932, alors que l’on dit que ses relations avec Meo Costantini, le manager de l’équipe Bugatti, sont orageuses, Louis Chiron monte avec son compère allemand Rudolf Caracciola la Scuderia CC, et engagent des Alfa Romeo P3. Mais l’enthousiasme est de courte durée, l’allemand devant abandonner à la suite d’un accident lors du Grand Prix de Monaco. Après la dissolution de l’entité, Chiron poursuit la saison avec les Alfa Romeo de la Scuderia Ferrari.
- Louis Chiron a eu une aventure avec Alice « Baby » Hoffmann…
- …avant que cette dernière ne s’entiche de son collègue Rudolf Caracciola. Une justification supplémentaire à la dissolution rapide de la ‘Scuderia CC’ ?
- Louis Chiron à bord de la Delage 15 S 8 qu’il emmena à la 7ème place lors des 500 miles d’Indianapolis 1929. Il est alors le seul représentant du Vieux Continent engagé avec le français Jules Moriceau.
Face à la puissance de frappe grandissante des constructeurs allemands durant ces années 30, le natif de Monaco décide de rejoindre Mercedes-Benz en 1936. Cependant, l’aventure à bord des « Flèches d’Argent » s’avère décevante et s’achève sur un violent accident lors du Grand Prix d’Allemagne. A 37 ans, on pense Chiron prêt à raccrocher définitivement. Il n’en n’est rien. Le « Vieux Renard », comme il était surnommé outre-Rhin, réapparaît en catégorie sport chez Talbot ou encore au volant d’une Delahaye 145 de la fameuse « Ecurie Bleue » lors des 24 Heures du Mans 1938.
Une volonté de courir inépuisable
De même, la Seconde Guerre Mondiale n’altéra en rien la soif de compétition du coriace pilote, puisque ce dernier reprend du service en 1946, remportant même les Grand Prix de France (ACF) de 1947 et 1949. Il prend également part au premier championnat du monde de Formule 1 en 1950 dans les rangs de Maserati. En 1951, à 52 ans, il parvient même à grimper sur la dernière marche du podium chez lui, à Monaco. On pourrait alors croire à un record. Il n’en est finalement rien car la même année, l’italien Luigi Fagioli s’offre une victoire à Reims à 53 ans passés !
Un an plus tard, un grave accident à Silverstone contraint « l’ambassadeur de l’automobile » à lever le pied. Mais ce n’est pourtant pas encore le crépuscule de son incroyable carrière. En effet, il réapparaît en 1954, en remportant le Rallye de Monte-Carlo et même périodiquement en Formule 1, sur son circuit fétiche de la Principauté. En 1955, il devient cette fois le pilote le plus âgé à avoir pris part à un Grand Prix du championnat du monde de Formule 1 avec une Lancia D50. Il s’offre un dernier baroud d’honneur avec Maserati en 1958, mais il ne parvient pas à se qualifier. C’est donc à 59 ans qu’il clôt cette longue page du sport automobile de plus de trente ans.
- Ciro Basadonna et Louis Chiron ont remporté le Rallye de Monte Carlo 1954 à bord d’une superbe Lancia Aurelia GT. Chiron reste par ailleurs le seul pilote à avoir à la fois remporté le GP de Monaco et le Rallye de Monte-Carlo.
- Grand-Prix de Monaco 1950 : Louis Chiron pose en compagnie de Rainier III, fraîchement désigné Prince souverain de la Principauté.
- Juan Manuel Fangio, Giuseppe Farina et Louis Chiron à Monaco en 1959. Le monégasque vient alors tout juste d’être nommé directeur de sa course fétiche. © Cahier
Il conservera toutefois une place prépondérante dans le paysage automobile monégasque en devenant commissaire général du Grand Prix de Monaco et du Rallye de Monte-Carlo jusqu’en 1979, année de sa disparition. De même, on lui doit le Club International des anciens pilotes de Grand Prix de Formule 1 ou encore une école de course automobile à Modène. Et, à l’image d’un Jean-Pierre Beltoise ou d’un Jackie Stewart, il a contribué à mettre en lumière les enjeux de sécurité sur les pistes en faisant la promotion de la ceinture de sécurité notamment.
Hommage de Bugatti au pilote
En 1999, à Francfort-sur-le-Main, était présentée la spectaculaire Bugatti EB18/3 Chiron qui allait largement inspirer la 16.4 Veyron six ans plus tard. Accoler le nom de Louis Chiron à un prototype ayant vraisemblablement été perçu comme insuffisant, la direction de la marque a donc décidé de l’associer à sa toute dernière hypercar, dévoilée cette semaine à Genève.
Si d’aucuns ont pu regretter une certaine parenté avec sa devancière, la qualifiant même de « Veyron 2.0 », la bête se veut toutefois encore plus agressive, comme l’attestent ses feux avants géométriques ou sa poupe tout droit sortie de l’univers de la course. Sous le capot, on conserve le monstrueux W16 8,0 litres quadriturbo. Si le couple progresse, passant de 1 250 à 1 600 nm, la puissance est cette fois portée à 1 500 chevaux, soit un gain conséquent de presque 500 chevaux (499 pour être précis).
Cependant, pas de record de vitesse en vue. La Veyron Super Sport – qui développait déjà 1 200 chevaux pour un couple de 1 500 nm – devrait conserver son record de 431 km/h, la Chiron étant limitée à 420 km/h, une fois la deuxième clef enclenchée à partir de 380 km/h.
Et malgré son tarif de 2,4 millions d’euros, le groupe Volkswagen, propriétaire de Bugatti depuis 1998, est confiant pour ce qui est d’écouler les 500 exemplaires prévus, un tiers ayant déjà été réservés. Chiron, un nom qui fleure bon le succès.













La carte postale représentant le Grand Prix de Monaco 1931 (Bugatti Louis Chiron et Alfa Luigi Fagioli) est tirée d’après mon tableau. J’ai également édité cette carte à compte d’auteur; Merci de mentionner mon nom : Benjamin Freudenthal et non pas Jean-Paul Bascoul qui n’est pas propriétaire des droits de cette image. Avec mes remerciement anticipés. B. Freudenthal
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Merci pour cette précision ; impair corrigé !
Cordialement,
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