Quel paysage pour la Formule 1 en 2019

Formule E, jantes de grand diamètre

La FIA (Fédération Internationale de l’Automobile) envisagerait pour les années à venir d’affubler les Formule 1 de roues semblables à celles des Formule E. Passant de 13 à 18 pouces, les pneus arboreront ainsi une taille basse et une largeur plus contenue qui modifiera conséquemment leur allure générale

À l’instar du Paris-Dakar, la Formule 1 perdure mais ne séduit plus. Enfermée dans un schéma technicien toujours plus vorace, visant l’efficacité la plus absolue, le tout dans un carcan normatif particulièrement contraignant, son essence s’est diluée au fil du temps, pour ne devenir qu’un simulacre de compétition automobile.

Fernando Alonso, doyen du plateau jusqu’à la saison dernière, ne s’y est pas trompé en annonçant son retrait des paddocks l’été dernier – même s’il s’est montré plus nuancé depuis quant au caractère définitif de cette décision – pour se concentrer cette année sur sa quête de triple couronne. Une décision forte que l’espagnol a justifié par la lassitude que lui procurait désormais la discipline qui l’auréola de deux couronnes mondiales il y a plus de douze ans maintenant. Il y déplore notamment l’absence de suspense, les essais de pré-saison de Barcelone indiquant de plus en plus précisément la hiérarchie finale. Le cadre restrictif imposé par la FIA entourant l’élaboration des monoplaces n’invitent pas plus les écuries à l’audace. Les rangs s’en retrouvent moins bousculés et le hasard, pourtant sel du sport, perd un peu plus sa place. La Formule 1 ressemblerait ainsi à s’y méprendre aux circuits téléguidés de notre enfance.

Fernando Alonso, champion du monde en 2005 avec la R25 de Renault, symbole du retour en F1 de la "firme au losange" comme constructeur

Fernando Alonso, ici au volant de la Renault R25 (à ne pas confondre avec la berline !) qui lui permit de remporter sa première couronne mondiale en 2005. Une performance qu’il réitérera la saison suivante. Désormais à la conquête de la Triple Couronne, titre symbolique décerné à tout pilote ayant remporté au cours de sa carrière les 24 Heures du Mans, le Grand Prix de Monaco et les 500 Miles d’Indianapolis, il ne lui manque que cette dernière pour rejoindre Graham Hill, seul pilote à avoir réalisé cet exploit.

L’uniformisation est partout. Bourrées d’appendices en tout genre, les engins arborent désormais des lignes confuses et peu séduisantes. Leurs moteurs hybrides n’apparaissent pas plus réconfortants. Ils ont en effet supplanté, à l’alacrité des symphonies offertes par les blocs atmosphériques et turbocompressés, qui ont tant contribué à l’aura de la Formule 1, une Marche Funèbre 1 perpétuelle.

Les pilotes ne sont pas en reste. Immergés dans une machinerie infernale, parfois tout juste majeurs, on ne peut leur reprocher d’avoir perdu de leur flamboyance. Plus « cyborg » que pilote, leur talent est désormais corrélé à leur capacité de traitement d’informations dont certaines n’ont trait au comportement de leur auto – entre ordres radiophoniques, maîtrise précise du règlement et application des pénalités par exemple. Les écuyers (organisation, écurie etc.) s’invitent éhontément dans la danse du chevalier (pilote) avec son destrier (voiture).

Ferrari SF71H DRS saison 2018/2019

Le DRS (Drag Reduction System), système de mobilité de l’aileron arrière qui permet au pilote de jouer sur l’aérodynamisme ou l’adhérence de sa monoplace, est symptomatique des déboires techniciens de la Formule 1. Instauré en 2011 dans le but de faire croître le nombre de dépassements en berne dans les années 2000 et in fine, d’améliorer le spectacle, le résultat n’est probant que statistiquement. Les dépassements ont effectivement augmenté, mais au détriment de la magie de leur spontanéité, ce subterfuge technique ne pouvant être utilisé que sur certaines zones de la piste et à des moments bien définis…

La métaphore de la Marche Funèbre semble donc encline à décrire le futur de la discipline qui va de surcroît devoir faire face aux projets délirants et sans grand intérêt automobile des thuriféraires de l’intelligence artificielle ; la Roborace, impulsée par le russe Denis Sverdlov, très empreint de fatuité post-humaniste, tape déjà à la porte de FIA et compte bien attirer les jeunes générations, plus hermétiques au caractère romanesque de la Formule 1 du XXème siècle, pour se faire une place au soleil.

1 – CHOPIN Frédéric, troisième mouvement de la Sonate pour piano n°2 (1837-1839)

Pour mieux se rendre compte des réjouissances qui s’annoncent…

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