Jaguar, en voie d’extinction

On savait que l’automobile avait maintenant trépassé depuis une dizaine d’années et on tentait de s’y résoudre. De là à imaginer que les cadavres de ses plus charmants représentants se retrouveraient profanés, il ne fallait qu’un pas, largement franchi désormais.

Si Cecil Kimber et Colin Chapman ont déjà dû se retourner dans leur tombeau depuis que les noms de MG et de Lotus désignent de déplorables véhicules à ions dénués d’âme, voilà que c’est maintenant l’héritage de Williams Lyons qui est sacrifié sur l’autel du tournant électrique du monde à quatre roues.

La présentation de la nouvelle identité visuelle de la marque Jaguar n’a en effet pas manqué de faire s’étrangler les derniers puristes déjà déconfits de l’art automobile britannique, réputé pour osciller entre sportivité, légèreté et raffinement, le plus souvent cheveux au vent !

Ce cap décidé par Adrian Mardell, nouveau CEO de la marque passée sous pavillon indien depuis 2008, est simple : offrir aux nouvelles générations des marchés émergeants notamment, de nouveaux objets de mobilités marqueur de leur statut social. Ce que témoigne l’hérétique logo tout droit sorti de l’univers fashion, fauchant éhontément le fameux « Leaper » – véritable espèce en voie de disparition.

Affublé d’un félin dès 1957, le profil bondissant du logo Jaguar – the Leaper – n’est apparu qu’en 1982, date de son émancipation du chaotique consortium britannique BLMC

En cela, il est plus facile de s’inspirer de la concurrence. Tesla de prime abord, dès que l’on observe avec effarement la trivialité et la grossièreté des premiers trais proposés. Mais aussi BMW, qui produit depuis 2019 et l’arrivée à la tête de son design du croate Domagoj Dukec, des modèles d’une lourdeur esthétique d’un niveau rarement atteint sur le continent européen. Ce dernier, qui s’apprête d’ailleurs à perpétuer son massacre toujours au sein du groupe, du côté de Rolls-Royce.

L’inspiration conceptuelle et créative ne semble pas avoir plus frappée à la porte de Jaguar, alors que le constructeur maintenait un semblant d’aura british ces dernières années malgré l’ombre de son puissant propriétaire, Tata Motors, connu pour ses cubes citadins à bas coûts et goût douteux. Désormais, son destin n’est résumé par son DG qu’autour du qualificatif de « marque de luxe tout électrique ». Envoûtante marchandisation.

Il n’est pas question ici de remettre en cause la nécessité du changement de paradigme que s’emploie à intégrer brutalement le secteur de l’automobile. Le véhicule thermique massifié n’a plus lieu d’être.

Mais pourquoi venir souiller les dernières identités, les grandes histoires qui ont façonné le mythe automobile, en rebadgeant bêtement d’insignifiants « produits de mobilité » comme on aime à les appeler désormais ? Les cellules marketing des grands groupes ne manquent pourtant habituellement pas d’imagination pour dénicher de nouvelles appellations, comme l’a illustré encore récemment la fusion entre PSA (Peugeot – Citroën) et FCA (Fiat – Chrysler), réunis aujourd’hui sous la bannière Stellantis, contribuant encore un peu plus à l’illisibilité du marché automobile.

Il serait finalement intéressant pour invalider ou non les bienfaits de cette tendance qui s’est emparée de Jaguar, de comptabiliser le nombre d’automobilistes cumulant une Type-E et un I-Pace dans leur garage.

Pour se ragaillardir, une galerie de quelques-unes des plus mythiques Jaguar, que le département Classic du constructeur s’emploie d’ailleurs a proposer à nouveau à la vente pour quelqu’unes d’entre elles. Un service sur-mesure que l’on peine à imaginer voir perdurer dans le contexte observé…

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